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Publié par Sophie R.

Il arrivait d'une autre école. Séparation des parents. Mère qui se rapprochait de sa propre famille. Situation banale. Sauf qu'il perturbait régulièrement l'ordre de la classe et de la cour dans une petite école rurale sans histoire. Il jouait au "caïd" du haut de ses neuf ans et tenait tête aux adultes. Il ne parvenait toujours pas à lire et se réfugiait derrière ce "non-savoir" chaque fois qu'on lui présentait de l'écrit. Pour le dire familièrement, il semblait "mal parti". Equipes éducatives, prise en charge psychologique par le RASED (Réseau d'aides aux élèves en difficulté), la machine de l'éducation nationale se mettait en branle.

Du côté de la famille, un père qui avait refait sa vie et avait vendu tous les jouets de l'enfant (y compris son précieux vélo), une mère désabusée vis-à-vis de l'école, ex-élève en échec que le système scolaire avait contribué à broyer, sans permis, sans voiture. Comment reconnaître ses difficultés de mère dans un lieu qui ne faisait que lui rappeler son propre échec ? Comment avouer qu'elle avait perdu le contrôle de la situation et qu'elle était désemparée face à cet enfant qui tyrannisait tout le monde autour de lui ? Parce que déprimée, parce que toute son énergie dirigée vers la satisfaction des besoins primaires de la famille, parce qu'elle avait baissé les bras, parce qu'elle n'en avait plus la force...

La situation stagnait, la machine scolaire moulinait dans le vide.

Vacances de noël, déménagement, changement d'école, remise à plat de la situation... L'enfant n'était certes pas élève, mais si l'école (et le RASED) se penchait sur ses problèmes de lecture ? Si l'on abordait aussi cette situation sur un versant pédagogique ? Et, là, ce fut la surprise pour tout le monde, y compris l'enfant... Ce dernier avait nettement plus d'acquis en lecture qu'il ne le montrait. Son "non-savoir" n'en était pas un... Sauf qu'il ne s'en servait pas... Sauf qu'il s'était construit comme "non-lecteur", brandissant à qui voulait l'entendre son étiquette "je ne sais pas lire", sauf qu'il était resté dans la pensée magique que la lecture arrivait spontanément, sans effort, par une sorte de révélation... Double prise en charge RASED pédagogique et psychologique et, tout doucement, les choses commencèrent à bouger, l'enfant commença à entrer dans les apprentissages et à s'apaiser sur le plan du comportement au point de choisir des camarades de jeu plus calmes... Tout semblait rentrer dans l'ordre...

Tout semblait rentrer dans l'ordre sauf que l'enseignante, rencontrée régulièrement, ne se focalisait que sur les lacunes de l'enfant et considérait que le chemin accompli était normal. Elle considérait le verre à moitié vide et ignorait le verre à moitié plein...

Pourquoi est-ce que je vous raconte cette anecdote ? Tout simplement parce que l'école, dans son ensemble, a une nette tendance à voir les élèves à travers leurs manques et à définir les élèves à travers ces manques. Parce que la parole de l'adulte est importante, l'enfant se forge son identité à travers cette identification qu'on lui attribue, il se coule dans le moule qu'on lui propose. Les enseignants pensent bien faire en regardant le chemin qui reste à parcourir, et c'est effectivement important. Entre les programmations, les progressions, les évaluations, la tentation est grande de se focaliser sur ce qui n'est pas encore acquis... Sauf qu'en mettant l'accent sur ce qui n'est pas là, on cristallise la situation, on fige l'enfant dans une image négative de lui-même... Pour savoir où l'on va, il faut savoir d'où l'on vient.

Avec l'arrivée du socle commun des connaissances et des compétences, on pourrait espérer que l'enfant soit aussi reconnu pour ce qu'il sait faire... Mais là encore, certains enseignants ne voient que les points rouges et considèrent que les points verts sont normaux et donc peu dignes d'intérêt. Parce qu'au-delà des outils aussi bien conçus soient-ils, il y a une vision de l'élève qui est aussi à changer... un élève qui a besoin d'être reconnu de manière positive, qui a besoin d'être encouragé, félicité même, un élève qui a besoin, plus que de voir ses manques, de comprendre grâce à quels chemins il peut et doit progresser... un élève qui a besoin de se situer par rapport à lui-même et qui doit apprendre à s'auto-évaluer... Dans ce domaine, l'idée du port-folio, utilisé au Canada, me semble une bonne idée pour que l'enfant puisse appréhender comment il peut capitaliser ses compétences...

J'appelle de tous mes vœux à ce que l'école devienne bienveillante et positive, à ce qu'elle voit le verre à moitié plein avant de voir le verre à moitié vide...

A moitié vide ? A moitié plein ?

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