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Publié par Sophie R.

Dans mon billet précédent, je mentionnais deux pôles qui me paraissaient importants, à savoir ne laisser aucun élève au bord du chemin et mettre en place une communication de qualité pour tous dans, et autour l'école.

Il me semble que, pour parvenir à ces objectifs, le travail en équipe est un excellent levier.

Or, ce fonctionnement ne va pas de soi dans une Éducation nationale où le cloisonnement est la règle... Cloisons entre les classes et portes fermées, cloisons entre les disciplines, cloisons entre les statuts des personnels, ... D'emblée, tant par l'architecture des lieux que par le fonctionnement institutionnel, le travail en équipe n'apparaît pas comme une évidence. Mais, travailler en équipe va aussi au-delà du simple fait d'ouvrir les portes physiquement, cela demande d'ouvrir des portes sur le plan symbolique et subjectif, cela demande de s'ouvrir... Au delà des raisons objectives qui ont conduit à choisir le métier d'enseignant, il existe toutes les raisons subjectives, conscientes et inconscientes, liées à la personnalité de chacun et à son histoire personnelle, et notamment liées à son propre rapport aux savoirs. Pourquoi est-ce important, me direz-vous ?

Être enseignant, c'est établir de fait une relation dissymétrique et c'est cette dissymétrie qui va établir le cadre symbolique de la classe et en établir les règles de fonctionnement. Mais où va-t-on placer le curseur de cette dissymétrie ? Être seul maître à bord et seul détenteur de savoirs à transmettre selon son bon vouloir ? Être un simple régulateur de l'activité des élèves ? Quel degré de toute-puissance exercer ? Quels bénéfices primaires ou secondaires peut-on tirer de ce pouvoir ? Que faire des élèves qui n'entrent pas, pour une raison ou une autre, dans le cadre ? Ce questionnement n'est jamais au-devant de la scène. Tout se joue en filigrane selon sa propre solidité psychique et sa capacité à affronter les remises en question. Il est parfois plus confortable d'évoquer des facteurs externes (familles, institutions, ...) pour éviter d'être confronté à un sentiment d'impuissance qui viendrait interroger sa compétence à être là, pour éviter de s'effondrer... Il est parfois plus facile d'entrer dans la déploration du système et le rejeter plutôt que d'analyser son fonctionnement... Les enseignants sont des êtres humains et ne sont pas tous prêts à cette démarche. Alors, on se verrouille sur soi-même pour se préserver, on ferme les portes pour se protéger du regard des autres sur ses propres failles réelles ou supposées. On construit des cloisons et on se cantonne dans ses propres certitudes.

L’Éducation nationale fonctionne comme si cet aspect n'existait pas. A aucun moment de leur formation ou de leur parcours, les enseignants ne sont conduits à envisager cette démarche, alors que pour un certain nombre d'autres formations (éducateurs, infirmiers, par exemple) elle s'avère un élément indispensable.

Masquer cette réalité peut constituer un obstacle important au travail d'équipe s'il n'est pas pris en compte. Globalement, dans la grande majorité, les enseignants ont à cœur de bien exercer leur métier, du mieux qu'ils peuvent en fonction de ce qu'ils sont. Ils ont besoin d'être rassurés, mis en confiance pour parler de leurs pratiques, sans jugement, en osant exposer leurs doutes, leurs réussites et leurs échecs. Alors, le travail en équipe pourra être fructueux et permettre aux enseignants d'évoluer dans leur façon de faire. Alors, les portes pourront s'ouvrir et la place de l'enseignant dans sa classe et dans l'école pourra trouver sa juste place, loin de la toute-puissance...

Le travail en équipe contre le fantasme de toute-puissance

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@samdrine 22/07/2013 09:34

Bonjour, Je ne sais où écrire cette réaction qui est un peu transversale à tout ce que je lis dans ce blog.. Ce désir de bien faire et cette inquiétude de ne pas etre à la hauteur d'un idéal infini... Comme une aspiration à une toute puissance de remédiation. Bonjour les enfants, c'est la rentrée je me présente Mme Potion magique, avec moi vous n'aurez que des bonnes notes et en plus vous verrez que vous comprendrez tout et on va bien s'amuser....
Freud relie le dédoublement à l’inquiétant. Le dédoublement que j’ai observé ne se situe pas tant dans la coexistence de l’enseignant réel et de l’enseignant vicariant virtuel qu’il a projeté dans les parcours pédagogiques qu’il a créé mais bien entre l’enseignant tel qu’il désire s’offrir et l’enseignant tel qu’il est reçu. C’est bien pour réduire cet inquiétant que l’enseignant cherche à toute force des ressources supplémentaires, instrument qui permettrait de donner à son génie pédagogique le pouvoir que le contexte ne permet pas à sa puissance d’exercer.
Ce n’est pas tant un désir de toute puissance qu’un désir de mieux se donner, de mieux réaliser la pulsion génitale oblative qui engage les hommes dans ce métier de la transmission.
Ce qui fait son style, ce n’est pas seulement, comme le définit Yves Clot, la culture propre de son métier qu’il a développé avec son expérience, c’est cette culture consciente et son adjuvant des modalités inconscientes de réalisation de celle-ci.
Le génie enseignant, c'est ce style et l'art avec lequel il "arrange" le genre métier. (au sens de rhum arrangé, c'est à dire un rhum tout simpleadjuvé d'épices seulement)...
Chaque aspiration de l'enseignant n'arrange rien. Mais , le rythme, les modalités, les altérations au dispositif programmé, la temporalité qu'il va construire dans les apprentissages sont une forme de génie. Enseigner c'est composer.. une musique où les silences sont encore de la musique.

Sophie 22/07/2013 09:57

Certes mais là je suis en mode préparation de concours et ma réflexion s'articule avec ces contraintes-là. Ceci dit, l'apport théorique est intéressant !

@samdrine 22/07/2013 09:53

Comme directeur, ,Il serait intéressant de comprendre la motivation des uns et des autres dans le choix du métier d'enseignant. Lire pour cela "fantasme et formation" de Kaes et Anzieu. Pour les aider à ancrer leur métier au delà des apparences (voir le garçon de café de Sartre) et l'habiter fort tout en restant sensible au détails...

Sophie 22/07/2013 09:49

Je comprends bien le propos mais il s'agit pour moi de chercher le positionnement de chef d'établissement, donc avec un angle plus pragmatique...

Jyaire 10/07/2013 22:18

Si l'Education Nationale ne nous apprend pas vraiment à travailler en équipe (et le terrain des écoles n'aide pas toujours, comme tu le laisses entendre...), il y a une chose qui m'a vraiment changé la vie : le réseau numérique.
Depuis les premières listes de discussion et sites collaboratifs à la fin des années 90, jusqu'aux blogs, aux forums et aux réseaux sociaux, j'ai trouvé une véritable "école de vie en équipe" sur le Net : des besoins, des réponses, des propositions, des colères, des excuses... Tout comme dans la vraie vie, quoi, et tout cela au bénéfice des enfants !

Merci pour ton billet qui donne envie, au-delà d'ouvrir sa porte à des collègues virtuels, d'ouvrir celle de sa classe... aux collègues, aux parents...

Sophie R. 13/07/2013 14:36

Bonjour,
Tu as complètement raison, il est possible en utilisant les réseaux sociaux de faire ce qu'il n'est pas toujours possible sur le plan local, car les résistances sont trop fortes... Je m'étais placé sur le plan local car je pense qu'il peut y avoir un "effet établissement" riche et profitable aux élèves... mais si cela ne fonctionne pas, internet permet de ne pas rester seul et de partager !